le trimestriel économique du Var

Couverture du VEN n°34
N°34 Septembre 2021

Dossier

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Vie économique | Malgré la crise, les Français ont envie d’entreprendre

Avant l'été, OpinionWay réalisait pour le salon Go Entrepreneurs le traditionnel «Baromètre annuel de l’envie d’entreprendre des Français». Une étude qui offrait des chiffres surprenants : en effet, malgré un contexte économique incertain marqué par les suites de la crise sanitaire, 21% des personnes interrogées déclaraient avoir envie de créer une entreprise, d’en reprendre une ou de se mettre à leur compte en 2021. L'envie d'entreprendre reste une réalité solidement ancrée chez de nombreux Français, et il est réjouissant de constater qu'elle a globalement résisté à la crise.

Certes, on observe une baisse de 8 points du nombre de candidats à l’entrepreneuriat - plutôt logique au vu des incertitudes actuelles - mais 58% d'entre eux ont la ferme intention de concrétiser leur projet au plus tard dans les deux ans à venir, soit une hausse de 4 points par rapport à janvier 2020. Et au-delà du simple affichage de la volonté de créer une société, 34% des entrepreneurs potentiels estiment que leur projet est bien préparé à court terme, soit une augmentation de 3 points par rapport à la précédente édition du baromètre. Autre satisfaction, l'envie d'entreprendre se répand également chez les jeunes : ainsi, 36% des étudiants déclarent vouloir créer leur entreprise en 2021. Les structures d'accompagnement constatent un afflux de jeunes de moins de 30 ans désireux de bénéficier de conseils à la création, avec un intérêt particulièrement marqué pour l'économie sociale et solidaire. Même son de cloche chez Harris Interactive, qui a réalisé quelques mois plus tôt une enquête pour la Fondation Entreprendre sur l'esprit entrepreneurial dans le contexte post-Covid. Selon cette dernière, 76% des sondés considèrent l'entrepreneuriat comme un levier de réalisation personnelle dans des secteurs qui ont du sens. Pour autant, les candidats à la création d'entreprise ne sont pas déconnectés de la réalité économique et des risques inhérents à ce grand saut dans le business : en effet, 86% d'entre eux considèrent que l'aventure entrepreneuriale est particulièrement périlleuse.

Près d'un million d'entreprises créées au cours des 12 derniers mois !

Qu'à cela ne tienne, le risque fait partie de la vie économique. Et si 13% des futurs créateurs se disent enclins à abandonner leur projet en raison de la crise sanitaire, que 39% veulent seulement le reporter, on constate que 48% veulent au contraire intensifier leurs efforts pour lancer leur activité comme prévu. Une proportion qui vient appuyer les chiffres du baromètre Go Entrepreneurs, pour lequel 25% des sondés estimaient que la crise était avant tout un vecteur d'audace et d'opportunités.

Cette appétence quasiment intacte pour le monde de l'entreprise est validée par les chiffres de création rendus publics par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). En effet, ce sont près d'un million d'entreprises qui ont été immatriculées au cours des 12 derniers mois - 996 217 très exactement - alors que les 12 mois précédents avaient vu la naissance de seulement 848 164 sociétés. Une progression record qui, au-delà des chiffres, démontre une nouvelle fois le goût pour l'entreprise exprimé par de nombreux Français, chassant le pessimisme auquel on pourrait s'attendre pendant cette période de turbulences. L'analyse des statistiques de manière plus fine démontre cependant que trois créations sur quatre sont aujourd'hui des entreprises individuelles: ces entrepreneurs développent avant tout leur propre emploi, avec notamment une forte hausse des livreurs. Une hausse conjoncturelle : les restaurants étant restés fermés pendant de longs mois, les plateformes de livraison à domicile ont eu des besoins en main d'œuvre accrus - le plus souvent en faisant appel à des travailleurs indépendants. Mais cette réalité ne doit pas occulter que de plus en plus de personnes s'installent en free- lance, bien souvent le premier pas vers une société plus structurée. Autrefois réservé à un cercle restreint d'activités, le freelance s'étend aujourd'hui à de nombreux métiers, de la formation au digital en passant par les services à la personne. Un élargissement qui peut s'expliquer par le développement exponentiel du télétravail pendant la crise, ce qui a mis en lumière le fait que l'on pouvait réaliser beaucoup de tâches à distance, mais aussi permis à de nombreuses personnes - en poste ou à la recherche d'opportunités - de mûrir sereinement leur projet d'entreprise. Mais ce boom des entreprises individuelles ne suffit pas à expliquer la hausse des chiffres de création d'entreprises. En effet, l'INSEE met en avant le fait que les créations sous forme de société « classique» progressent elles aussi : alors qu'il en comptabilisait 218 000 en 2019, leur nombre a dépassé les 256 000 au cours des 12 derniers mois, autant de jeunes pousses qui seront assurément les PME de demain.

Economie verte et solidarités nouvelles

Cette soif d'entreprendre s'accompagne aussi d'un virage en ce qui concerne les secteurs d'activité : en effet, de nombreux projets sont liés à la transition écologique et aux nouvelles énergies, à la fois par de jeunes créateurs que par des entreprises déjà existantes mais pour lesquelles la crise a été un déclencheur pour amorcer une réinvention, un modèle plus responsable et durable.

Cette prise de conscience se double d'une orientation nouvelle dans un univers marqué traditionnellement par une concurrence exacerbée, celle de la solidarité entre dirigeants. Une valeur que la crise sanitaire avait déjà mise en avant, avec d'innombrables initiatives, coups de main ponctuels et partenariats durables. Il est désormais courant de voir de jeunes porteurs de projet taper à la porte de leaders solidement installés pour glaner quelques conseils. Une pratique qui permet en outre d'étoffer son réseau, ce qui est, on le sait, l'une des armes de la réussite.

La clé de l'accompagnement

Pour que l'appétit pour la création d'entreprise s'inscrive de manière solide dans la durée, il va désormais falloir des moyens et des ressources humaines pour accompagner tous ces potentiels futurs dirigeants. En effet, il est traditionnellement admis qu'une entreprise possède en moyenne 60% de chances de survie dans les cinq ans après sa création, mais beaucoup plus si elle est accompagnée et encadrée. Le réseau des Chambres de commerce et d'industrie, historiquement mobilisé autour des porteurs de projet, fera sa part du travail (voir notre dossier), en lien avec les divers réseaux et associations. Quant au ministère du Travail, il a lancé à la fin de l'année 2020 un appel d'offres afin d'accompagner 40 000 personnes fragiles - dont 15 000 jeunes de moins de 30 ans - vers la création d'entreprise. Un budget de 40 millions est ainsi prévu pour les formations, et 25 millions supplémentaires pour des financements au démarrage d'activité. Enfin, Bpifrance change de braquet avec un doublement du nombre de prêts d'honneur sans intérêt et sans garantie personnelle - 12 500 cette année et 25 000 en 2022 - et deux fois plus de prêts d'honneur solidaires pour les publics fragiles et les jeunes de moins de 30 ans - 12 000 sont prévus cette année. Des moyens supplémentaires, des collectivités territoriales mobilisées, le réseau des CCI sur le pont, et des outils digitaux de plus en plus présents pour fluidifier le parcours des porteurs de projet… Beaucoup de voyants «création d'entreprise» sont au vert en cette rentrée économique : c'est parti pour la relance !

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