le trimestriel économique du Var

Couverture du numéro 24 de Var Eco News
N°24 Février 2018

Dossier

Octobre 2017 - N°23
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« Le Rosé de Provence doit réussir le pari de devenir la locomotive »

Pouvez-vous nous présenter la Wine & Spirits Academy ?

La Wine & Spirits Academy est le centre d’expertise en vins et spiritueux de Kedge Business School. Le groupe Kedge compte plus de 12.000 étudiants et Wine & Spirits Academy environ 160.
Au sein de Kedge, la Wine & Spirits Academy a été créée fonctionnellement il y a trois ans, mais en réalité, Kedge Bordeaux s’implique dans la formation en faveur de la filière viti-vini depuis plus de 15 ans.
Kedge Wine & Spirits Academy regroupe un ensemble d’activités: la formation à travers deux Masters spécialisés en vins et spiritueux, des programmes de leadership et des formations sur mesure pour cadres et dirigeants de la filière. L’Academy, c’est également une équipe de 14 professeurs permanents, un staff de 6 personnes et surtout une activité d’accompagnement au développement économique de la filière en France et dans le monde.

À quel moment et pourquoi la Wine & Spirits Academy s’est-elle intéressée au vin rosé ?

Comme tous les professionnels du monde du vin, nous suivons avec intérêt l’essor remarquable de la région Provence sur la carte mondiale des vins. Avec son Campus à Toulon, Kedge est une porte d’entrée toute indiquée pour travailler aux côtés de la Provence sur la compétitivité internationale des rosés de cette région. Ainsi, la Wine & Spirits Academy et Kedge Toulon initient, avec l’ensemble des acteurs de la filière (CIVP, centre du rosé, CCI du Var, négociants, vignerons et institutionnels…), une réflexion autour de l’ambition des vins de Provence rosé à moyen et long terme. Cette journée de réflexion et regards croisés doit se réunir d’ici à la fin de l’année. L’un de nos rôles étant d’anticiper les besoins en formation et compétences de la filière, nous avons une contribution concrète à proposer. Nous avons aussi partagé des réflexions en matière de développement économique, de compétitivité, d’amélioration de la performance…

En qualité d’observateur, quel regard portez-vous sur l’essor du rosé et de la Provence sur le marché du vin ?

Ces dernières années, nous avons assisté à deux grandes « success stories » dans le monde du vin : d’une part les vins effervescents et d’autre part les vins rosés.

L’essor du vin rosé s’est confirmé année après année. En France, la consommation des vins rosés s’est accrue de 43% depuis 2002. Cette tendance a de bonnes chances de se confirmer progressivement dans le monde entier, surtout chez les nouveaux consommateurs. Sous l’impulsion d’une augmentation de la consommation mondiale, la production de vins rosés s’est développée et atteint aujourd’hui plus de 23 millions d’hectolitres, en augmentation de plus de 20% depuis 2002. La consommation est tirée vers le haut par la Provence, qui fournit à elle seule 5,6% des rosés du monde et figure désormais parmi les grandes régions viticoles du monde. Le rosé est devenu le vin décomplexé par excellence, qui s’apprécie en toutes circonstances !

Toutefois, nous ne sommes encore qu’au début de l’histoire. En outre, si le succès de la Provence a tous les atouts pour devenir la locomotive du marché mondial du vin rosé, et si son effet d’entrainement sur ce segment possède déjà les déterminants pour le devenir, ce succès est néanmoins fragile… Aujourd’hui, l’enjeu majeur de la filière est bel et bien de consolider ce succès pour l’inscrire dans le temps. Le rosé de Provence doit réussir le pari de devenir la référence par rapport à laquelle les autres devront se positionner.

Pour quelles raisons ce succès est-il fragile ?

Comme indiqué précédemment, la couleur rosé est un segment de marché encore très récent : 15 ans c’est très peu dans l’industrie du vin qui fonctionne sur des cycles longs.

Ensuite, l’une des réussites du rosé de Provence réside dans l’innovation marketing qu’il a apporté. Le rosé est un produit sympa, facile, un produit « fun », un produit décomplexé qui s’autorise la « disruption » des codes du marketing, de l’étiquette, ou de la bouteille. C’est un produit de fête, de flacons que l’on ouvre facilement « entre copains ». Demain, tout le monde peut s’y mettre et adopter ces mêmes innovations… Pour conserver son leadership, le rosé de Provence doit continuer d’innover.

Enfin, le marché est en croissance forte et rapide. Or la part de marché en volume du rosé de Provence est encore faible : de l’ordre de 5 à 8%... Nous sommes loin d’une part de marché dominante. Certes ce n’est pas nécessairement ce qu’il faut rechercher, mais le rosé de Provence doit prendre position sur le plus haut segment de la gamme des vins rosés. La Provence doit conforter la valorisation de la production issue de ses terroirs. Bref, la filière doit se structurer pour enfoncer le clou sur un marché en forte croissance où les positions ne sont pas encore tout à fait établies.

Le vin rosé est-il un élément fort d’attractivité pour la Provence et en particulier le Var ?

Oui, incontestablement ! D’ailleurs, l’un des chapitres de la stratégie de long terme à mettre en oeuvre se devra d’aborder l’optimisation de l’exploitation du potentiel touristique. Depuis 20 ans, les producteurs ont eu la bonne idée de frapper à la porte d’un marché situé au pied de chez eux… Les terrasses, les restaurants de la côte d’Azur, les plages, les boites de nuit et les fêtes de la « jet-set » ont constitué un formidable moteur de développement du vin rosé. Mais l’interface littoral/arrière-pays est encore sous-exploitée… Et le rosé pourrait être demain une carte maitresse pour attirer davantage de touristes à l’intérieur des terres.

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